Cejeudi 11 aoĂ»t, Jean-Luc Reichmann a annoncĂ© une triste nouvelle Ă  ses fans sur son compte Twitter, la disparition de sa mĂšre, Josette. « Maman, aujourd’hui je pleure », a indiquĂ© le prĂ©sentateur des 12 coups de midi. Et d’ajouter, non sans Ă©motion : « mon cƓur ne brille plus, le tien s’est Ă©teint ». L’animateur de 61 ans Magrand-mĂšre est partie le 31 dĂ©cembre 2015, et elle Ă©tait comme ma maman. J'avais 14 ans quand elle est morte et c'est toujours aussi douloureux. J'ai honte parce que je ne suis pas la seule, et qu'il y a pire mais j'y arrive plus sans elle. Je la vois dans des objets, des situations, des souvenirs Aujourd'hui je me sens plus seule que jamais. Forger jean -louis 31 Quandil est mort, je n'ai presque pas pleurĂ© non plus. Au dĂ©part, j'Ă©tais presque soulagĂ© car il Ă©tait enfin libre, sans souffrance. J'ai gardĂ© mes larmes par la suite, pr ne pas BonjourZazou, Pour ne pas compliquer la situation avec ta mĂšre, dis que tu frĂ©quentes un copain et tu souhaites te protĂ©ger au cas oĂč. Tu as fait confiance Ă  ta belle-mĂšre, Ă  toi de voir si un jour elle gardera le secret. C'est ton intimitĂ© mais protĂ©gez vous et faites le test de dĂ©pistage contre les IST. Commenter. Devantma tombe ne pleure pas.Je n'y suis pas, je ne dors pas.Dans le ciel je suis mille vents.Je suis la neige qui brille comme le diamant.Je suis la lumiĂšr Vay Tiền TráșŁ GĂłp Theo ThĂĄng Chỉ Cáș§n Cmnd. "Maman c'Ă©tait quand la derniĂšre fois que t'as pleurĂ© ?" "Ben y a pas si longtemps que ça tu sais mon Coeur" bon sang elles m'ont jamais vu pleurer ? "Et quand ta grand-mĂšre elle est morte, t'as pleurĂ© ?" ... "Non" "Pourquoi ? T'Ă©tais pas triste ?" Si, t'Ă©tais atrocement triste, hurle quelque chose en moi "Parce qu'on m'a dit de ne pas pleurer." C'est vrai, je n'ai pas pleurĂ© Ă  la mort de ma grand-mĂšre paternelle. Ni aprĂšs. J'avais sept ans quand elle est partie. On m'a dit qu'il ne fallait pas pleurer "parce qu'elle Ă©tait au ciel et que tout allait bien". Alors j'ai collĂ© un sourire bĂ©at sur mon visage et je n'ai pas versĂ© une seule larme. Ca n'aurait pas Ă©tĂ© correct ni sympa de pleurer, puisqu'elle allait bien, puisqu'elle ne souffrait plus. ZĂ©ro larme. Du moins le croyais-je. En vĂ©ritĂ© j'ai versĂ© tout un tas de larmes qui sont retombĂ©es Ă  l'intĂ©rieur de moi, qui y sont restĂ©es prĂšs de 30 ans et qui ont rouillĂ© mon Ăąme. Quand j'avais 17 ou 18 ans, je suis allĂ©e voir une homĂ©opathe iridiologue l'iridiologie est une mĂ©thode d'analyse de l'iris qui permet de voir certains problĂšmes mĂ©taboliques et autres traumatismes enfouis. Bluffant, de ce que j'en ai expĂ©rimentĂ©. Elle a examinĂ© mes iris et la premiĂšre chose qu'elle m'a dit, c'est que j'avais vĂ©cu un traumatisme trĂšs important Ă  l'Ăąge de sept ans. Sept ans ? Fracture du bras peut-ĂȘtre ? Ou l'entrĂ©e en CP alors que je n'avais pas fait de maternelle ? Non ce n'Ă©tait pas ça d'aprĂšs elle. C'Ă©tait de l'ordre familial. J'ai rĂ©pondu, sans conviction aucune puisque tout allait bien hein, c'est maman qui me l'avait dit "ah oui, ma grand-mĂšre est morte, mais ça doit pas ĂȘtre ça, ça ne m'a pas traumatisĂ©e". "DĂ©trompez-vous. Ca a Ă©tĂ© une Ă©preuve trĂšs difficile pour vous et vous devez absolument faire ce deuil pour avancer" qu'elle m'a rĂ©pondu la dame. Surprise. Mais sans plus. J'Ă©tais jeune, je trouvais ça un peu tirĂ© par les cheveux. Pour moi tout allait bien de ce cĂŽtĂ© lĂ  et si j'Ă©tais si mĂ©lancolique, si fatiguĂ©e dans ma tĂȘte parfois, si "ailleurs", ça n'Ă©tait sĂ»rement pas liĂ© Ă  la perte de ma grand-mĂšre. TOUT VA BIEN on a dit. Elle est au ciel, bon sang ! Ca m'est revenu comme un boomerang il y a un peu plus de deux ans. Au cours d'une sĂ©ance, ma formidable psy qui est bien plus qu'une psy, bien autre chose qu'un distributeur automatique de psychotropes, d'ailleurs elle ne m'en a jamais prescrit m'a demandĂ© de m'imaginer enfant ou bĂ©bĂ©. Peu importe l'Ăąge, c'est comme je le sentais. "Alors, tu as quel Ăąge ?" m'a-t-elle demandĂ© aprĂšs quelques secondes de concentration. "Sept ans" "Pourquoi sept ans ?" "Ben je sais pas, ça m'est venu comme ça, je me vois Ă  sept ans" "Mais... il s'est passĂ© quoi quand tu avais sept ans ?" Coup de poing Les sept ans me reviennent en pleine face. La mort de ma grand-mĂšre Le deuil Pas fait Qui me hante LumiĂšre Je comprends brusquement Pendant toutes ces annĂ©es c'est donc restĂ© en moi ? Les larmes sont toujours lĂ  ? Depuis tout ce temps, elles ont sans doute creusĂ© des sillons en moi, rouillĂ© quelques fondations, noyĂ© certaines perceptions ? Elles ont formĂ© un barrage, masquĂ© par l'illusion d'un sourire plaquĂ© sur mon visage ? A quel point ces larmes non versĂ©es ont-elles influencĂ© mes choix, mes Ă©motions, ma façon de voir la vie ? Je sais que j'ai encore ce travail lĂ  Ă  faire. Je sais qu'il faut que je la pleure. Je sais qu'il faut que je lui dise au revoir. Dans une lettre ou quelque part dans la nature, en m'adressant Ă  elle. Pour le moment je n'en ai pas eu le courage, je repousse ça parce que, lorsque j'y pense, la boule au fond de moi est trop grosse, j'ai l'impression qu'elle ne passera jamais ma gorge, encore moins mes yeux... Dimanche prochain peut-ĂȘtre ? En attendant j'ai juste rĂ©pondu Ă  mes filles "Vous savez, les larmes, il faut toujours les verser quand elles viennent. Sinon elles vous rouillent Ă  l'intĂ©rieur. Vous avez le droit de pleurer. Et je serai toujours lĂ  pour les Ă©couter vos larmes, jamais pour les Ă©touffer" Photo trouvĂ©e sur We heart it mais source inconnue hĂ©las... Citation de mĂ©moire lue dans Le Chevalier Ă  l'armure rouillĂ©e Robert Fisher Non je ne parle pas de ma mĂšre ni de ma tante ou marrainne mais belle est bien de ma grand mĂšre! Cela a Ă©tĂ© si douloureux, je n'avais que 11 ans je pense... Oui... J'allais regardais une cassete dans ma chambre, je la met et je commence a regarder puis tout d'un coup le tĂ©lĂ©phone sonne, je ne sais plus qu'elle heure il Ă©tait mais c'Ă©tait le soir. Je me suis dis bah ça dois etre ma tante prĂ©fĂ©rĂ© comme d'hab quoi. Ensuite j'entend ma mĂšre rĂ©pĂ©ter quoi quoi??? Ensuite des c'est pas possible, puis tout ce que j'ai entendu c'Ă©tait... Des larmes, elle avait raccorchĂ©... Et a pleurer dans les bras de mon pĂšre, je suis sortie car ça m'a fait peur et sa m'inquiĂ©ter, je deteste voir ma mĂšre en pleure. Je la regarde et je dis maman, pourquoi tu pleures? Et elle me dit Tu n'as plus de grand mĂšre... J'ai Ă©tĂ© choquĂ©, tout mes souvenirs chez ma grand mĂšre se sont reveiller, c'Ă©tait en avril, a croire que je perd toujours des gens que j'aime en avril, j'ai pris ma mĂšre dans mes bras aussi, ensuite mon pĂšre nous a prit toute les deux dans ses bras... Ma mĂšre a dormit avec moi, pour qu'on parle, et le matin en se reveillant elle me rĂ©pĂ©te je n'ai plus de mĂšre et tu n'as plus de grand mĂšre. Enfin si j'en ai une mais du cĂŽtĂ© de mon pĂšre et j'avais une prĂ©fĂ©rence pour celle du cĂŽtĂ© de ma mĂšre. Ma mĂšre est partis au portugaloui famille portugaise je suis la seule nĂ©e a paris, je lui ai demandĂ© si je pouvais venir pour assister a l'enterrement de ma grand mĂšre et elle n'a pas voulus... A chaque fois que je vais au portugal en Juillet je vais au cimĂ©tiĂšre, c'est la premiĂšre chose que je fais, non, je vais chez ma grand mĂšre puis au cimetiĂšre, mon pĂšre sa lui a donnĂ© envie de pleurer a prĂ©sent que ma grand mĂšre n'est plus a la maison... Vous me direz, c'est la vie, il y a des hauts et des bas, le truc c'est que des gens arrivent a encaisser la douleur, moi je ne peux supporter ça plus longtemps... J'aurais voulus qu'elle me voit grandir, pour moi elle est morte trop tot cry M Campus Aujourd’hui Ă©tudiant en kinĂ©sithĂ©rapie, Mathis Ă©voque, dans un tĂ©moignage, sa vie aprĂšs la mort de sa mĂšre, survenue alors qu’il avait 16 ans. Mathis, 20 ans, est Ă©tudiant en premiĂšre annĂ©e dans un institut de formation en masso-kinĂ©sithĂ©rapie, Ă  Paris. Il a souhaitĂ© tĂ©moigner de son vĂ©cu et de sa reconstruction » aprĂšs le dĂ©cĂšs de sa mĂšre, pour aider ceux qui y seraient eux aussi confrontĂ©. J’ai perdu ma maman peu de temps aprĂšs mon entrĂ©e en premiĂšre S, quand j’avais 16 ans. J’ai perdu le goĂ»t de tout, de travailler, de manger si bien que j’ai perdu 5 kg, de mes passions. Je suis retournĂ© au lycĂ©e deux semaines aprĂšs seulement. J’y allais par amour, pour elle et pour mon pĂšre, car j’étais trop malheureux pour penser Ă  moi. J’ai rĂ©ussi Ă  me motiver juste avec une phrase que je me rĂ©pĂ©tais Pense Ă  maman qui n’aimerait pas que tu abandonnes les cours Ă  cause de son dĂ©part, elle voudrait que la vie continue et que tu rĂ©ussisses. » J’avais de gros problĂšmes de concentration je regardais mes professeurs ou mes amis dans les yeux, j’acquiesçais, mais en rĂ©alitĂ© je n’écoutais pas, tellement je pensais Ă  tout ce qui m’arrivait. Il fallait tout noter, me crĂ©er des images pour fixer les choses dans ma tĂȘte. C’était surtout catastrophique pour lire des textes, ce qui m’a posĂ© problĂšme au bac de français au dĂ©but, je lisais une phrase et je perdais le fil, puis aprĂšs j’en lisais deux puis trois, puis de mieux en mieux Ă  force de persĂ©vĂ©rance. Ma scolaritĂ© est devenue un combat avec moi-mĂȘme ; je me suis battu comme jamais je me suis battu, sans avoir les rĂ©sultats Ă  la hauteur de mon travail. Ce que je faisais ou un ami faisait en dix minutes avant, je mettais dĂ©sormais une heure Ă  le faire. Il faut accepter d’avoir un handicap que l’on a jamais eu auparavant, et que cela dure quelques semaines, quelques mois, quelques annĂ©es, cela dĂ©pend de chacun
 Evacuer cette frustration Je souffrais de cela et je pleurais pour Ă©vacuer cette frustration et je n’ai pas de fiertĂ© masculine qui veut toujours laisser transparaĂźtre une force et qui ne pleure jamais, moi j’ai pleurĂ©, et cela m’a fait beaucoup de bien. Mais je me rĂ©pĂ©tais qu’il fallait ĂȘtre patient, qu’avec le temps, en ne lĂąchant rien, je deviendrai plus fort, plus concentrĂ©, plus appliquĂ© et encore plus dĂ©terminĂ©. Mon pĂšre a Ă©tĂ© extraordinaire dans ses paroles, en me disant Ne regarde pas ce que tu n’as pas fait mais tout ce que tu as fait cette annĂ©e, tous tes efforts, et comme tu as progressĂ©. » Peut-ĂȘtre qu’elle est mieux lĂ  oĂč elle est, oĂč elle ne souffre plus » J’ai eu besoin, au dĂ©but, d’aller tous les jours au cimetiĂšre, cela me permettait d’évacuer, c’était mon Ă©quilibre, mais cela dĂ©pend de chacun. Il ne faut pas y aller si nous n’aimons pas, si cela ne nous fait pas du bien, et surtout ne pas culpabiliser. LĂ , je parlais Ă  ma mĂšre, je pleurais, mais je repartais toujours en ayant sĂ©chĂ© mes larmes grĂące Ă  cette phrase que disait mon pĂšre Peut-ĂȘtre qu’elle est mieux lĂ  oĂč elle est, oĂč elle ne souffre plus. » Cette phrase m’a vraiment Ă©normĂ©ment aidĂ© car je me dis que si la douleur l’a emportĂ©, c’est sĂ»rement que la douleur Ă©tait trop forte. MalgrĂ© sa tristesse, il est important de se dĂ©centrer, de se mettre Ă  la place de l’autre, et d’avoir le courage de dire je prĂ©fĂšre le bien de ma mĂšre que le mien, et ce bien, en rĂ©alitĂ©, c’était surtout la fin de sa souffrance ». Il faut aussi de l’empathie pour se dire que la personne dĂ©cĂ©dĂ©e n’aimerait pas vous voir pleurer, ĂȘtre triste, ĂȘtre malheureux. Par respect pour elle, et de maniĂšre imagĂ©e, pour ne pas la dĂ©cevoir, il faut continuer de se battre et de vivre malgrĂ© la douleur et la souffrance intĂ©rieure. Chacun rĂ©agit Ă  sa maniĂšre d’autres pensent, dĂšs la mort d’un proche, que nous n’avons qu’une vie et qu’il faut en profiter au maximum. Pour ma part, je n’ai pas rĂ©ussi, je n’arrivais pas Ă  penser Ă  moi. AprĂšs avoir avancĂ© dans mon deuil, j’ai petit Ă  petit rĂ©ussi Ă  m’imposer ce nouveau mode de vie nous n’avons qu’une vie et il faut en profiter au maximum. DiffĂ©rent des autres, comme exclu J’ai eu la chance d’avoir des amis qui m’ont fait rire et redonnĂ© le sourire. Mais beaucoup d’autres, avec qui je vivais, au lycĂ©e ou ailleurs, m’ont blessĂ© sans le faire exprĂšs. Des simples phrases comme ma mĂšre vient me chercher » et toutes les insultes liĂ©es aux parents, m’étaient insupportables. Je souffrais de ne plus pouvoir en parler comme eux et donc d’ĂȘtre diffĂ©rent des autres, comme exclu
 Personne ne peut imaginer la douleur de perdre sa mĂšre ou son pĂšre ou un autre proche s’il ne l’a pas vĂ©cu. Donc nous ne pouvons pas en vouloir aux personnes qui ne comprennent pas ou qui sont maladroites dans leurs propos en voulant pourtant nous aider. Mais il faut s’éloigner de ceux qui se plaignent tout le temps, broient du noir et n’ont pas d’empathie. On a besoin d’ĂȘtre encouragĂ© dans notre dĂ©marche de parler, quitte Ă  aller voir un psy Il faut s’entourer de ceux qu’on aime, qui nous apportent des ondes positives, Ă  qui on pourra parler. C’est important de beaucoup parler et d’éliminer, de pleurer, pour extĂ©rioriser ce mal-ĂȘtre. On a besoin d’ĂȘtre Ă©coutĂ© sans ĂȘtre jugĂ©, et d’ĂȘtre encouragĂ© dans notre dĂ©marche de parler, quitte Ă  aller voir un psy et bien comprendre que les clichĂ©s sont faux, aller voir un psy n’est pas rĂ©servĂ© aux fous, si on n’a personne Ă  qui parler ou si on n’y arrive pas. Pour ma part, j’ai eu la chance d’ĂȘtre trĂšs bien entourĂ©, mais j’échangeais surtout avec une dizaine de personnes mon pĂšre et ma copine qui ont Ă©tĂ© exceptionnels, mon frĂšre, mes grands-parents, ma marraine, quelques membres de la famille et de mes amis. Pour se reconstruire, je pense aussi qu’il ne faut pas culpabiliser sur la mort de la personne en cherchant sa part de responsabilitĂ©. Il faut aussi s’évader et se divertir avec ce et ceux que l’on aime. Une de mes grandes passions, le théùtre, m’a beaucoup aidĂ© c’est un moyen d’expression et d’élimination exceptionnel, couplĂ© Ă  du sport, pour se dĂ©fouler et se libĂ©rer de tous nos chagrins, malheurs, Ă©nervements
 Et moi qui adore bien manger », j’ai appris Ă  cuisiner pour tous les jours, et toujours dans l’objectif d’apporter du baume au cƓur Ă  mon pĂšre et moi avec des plats sympas. Il faut s’accrocher Ă  ces petites choses trĂšs personnelles Ă  chacun mais qui nous font du bien. N’avoir rien lĂąchĂ©, c’est aussi ce qui a fait ma force En Ă©tant mieux psychologiquement, j’ai rĂ©ussi Ă  m’encourager, en me disant que je souhaitais faire kinĂ©sithĂ©rapeute depuis tout petit, maman adorait ce mĂ©tier, elle Ă©tait ravie que j’ai eu cette idĂ©e seul et que je puisse la rĂ©aliser, et ça m’a encore boostĂ© dans mon projet. Puis, confrontĂ© aux concours pour entrer en Ă©cole de kinĂ©, j’ai compris que je bossais pour moi. N’avoir rien lĂąchĂ©, c’est aussi ce qui a fait ma force en cette annĂ©e 2017-2018, pour entrer en Ă©cole de kinĂ©sithĂ©rapie. Selon plusieurs amis, j’avais un truc en plus, par exemple aprĂšs un 8 heures – 18 heures avec quatre heures d’amphi, tout le monde rentrait chez lui Ă©puisĂ©, moi j’allais Ă  la bibliothĂšque universitaire jusqu’à 20 heures fatiguĂ© ou non, et parfois je bossais de nouveau dans les transports en rentrant. Je ne me plaignais jamais, contrairement Ă  d’autres soi-disant au bout de leur vie » aprĂšs un cours ou autre. Pour moi c’était long et fatiguant mais c’était comme ça, ce grave Ă©vĂ©nement m’a appris que dans la vie il y a des choses peu importantes, peu graves et des choses qui le sont davantage, on n’a pas toujours le choix, donc on se bat et on avance. Je sais que cette dĂ©termination provient du dĂ©cĂšs de ma mĂšre. J’ai tellement souffert que maintenant je vis diffĂ©remment, je donne tout dans tout ce que je fais car je sais que l’on n’a qu’une vie et que cela va trĂšs vite ! Quatre ans aprĂšs le dĂ©part de ma mĂšre, j’ai toujours des grands coups de mou, des grandes tristesses. Ils sont parfois aussi violents qu’aux premiers jours, mais avec le temps, ils deviennent moins frĂ©quents. Pour autant, cela va bien mieux depuis que j’ai compris qu’il fallait continuer de vivre pour moi, pour mes proches et pour elle. Ma maman Ă©tait exceptionnelle, j’avais une relation trĂšs fusionnelle avec elle. On ne se rend pas compte de tout ce que nos mĂšres font pour nous, il faut leur ĂȘtre trĂšs reconnaissant. J’espĂšre que ce tĂ©moignage pourra aider d’autres personnes confrontĂ©es Ă  un deuil ce ne sont que de petites choses, mais qui, Ă  la fin, nous permettent d’aller mieux. Claire AnĂ© Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil Ă  la fois Ce message s’affichera sur l’autre appareil. DĂ©couvrir les offres multicomptes Parce qu’une autre personne ou vous est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil. Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil Ă  la fois ordinateur, tĂ©lĂ©phone ou tablette. Comment ne plus voir ce message ? En cliquant sur » et en vous assurant que vous ĂȘtes la seule personne Ă  consulter Le Monde avec ce compte. Que se passera-t-il si vous continuez Ă  lire ici ? Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connectĂ© avec ce compte. Y a-t-il d’autres limites ? Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant Ă  des moments diffĂ©rents. Vous ignorez qui est l’autre personne ? Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe. Comment aider ses chats Ă  faire face Ă  la disparition d'un de leurs compagnons, et comment affronter soi-mĂȘme la mort de son compagnon fĂ©lin ? Marie-HĂ©lĂšne Bonnet, comportementaliste du chat, nous parle du deuil chez le chat, mais aussi du deuil du chat chez son maĂźtre et nous livre de prĂ©cieux rĂ©action des autres chatsQuand nous possĂ©dons plusieurs chats, que nous appellerons communautĂ©, il arrive un jour malheureux oĂč l'on doit faire face au dĂ©part d’un de nos chats. Et lĂ , nous sommes tristes, mais la communautĂ© entiĂšre petits fĂ©lins sentent l’odeur du compagnon dĂ©cĂ©dĂ©, ils le cherchent, ils sentent "la mort" du copain, et peuvent parfois avoir des rĂ©actions inattendues telles que des crachements, des feulements, de la peur, de la colĂšre dans les pattes de nos chats l’odeur du copain est lĂ , mais le copain se cache, on ne le voit pas, il n’est pas Ă  sa place habituelle. Et son odeur, elle, n’est pas comme avant, elle sent la peur, la maladie, voire la mort
Le chat cherche, mais ne trouve pas et suivant son caractĂšre et son niveau de stress, sa rĂ©action peut diffĂ©rer, comme chez les humains. Souvent j’entends "j’ai tout nettoyĂ© lavĂ© parfumer, rien Ă  faire il cherche encore son copain" et c’est normal. Mais nettoyer ne facilite rien au chat restant ou Ă  la communauté  L'odeur du copain est toujours lĂ En effet, si l’odeur disparaĂźt brutalement par endroits ou se retrouve masquĂ©e, le chat se pose encore plus de questions et file droit dans le stress, d’autant plus que, aussi bien que nous fassions, l’odeur reste dans les murs, les plinthes, les joints de carrelage et les meubles. En laissant l’odeur intacte, elle va naturellement s’estomper, et la communautĂ© pensera que le copain disparu s’éloigne, et va pouvoir comprendre que son odeur disparaĂźt avec lui, le deuil se fera d’autant faut donc aider la communautĂ© dĂšs le dĂ©part du compagnon en retirant ses affaires propres gamelles coussin, panier, etc.Les affaires partagĂ©es doivent rester en place. Quand un des chats commence Ă  chercher son copain, parlez-lui, rassurez-le. "Je suis lĂ , Matou est parti, il Ă©tait malade il est tranquille Ă  prĂ©sent, tout va bien je suis lĂ  et je m’occupe de tout".Redoubler de tendresseIl faut aussi redoubler de cĂąlins
d’autant que dans ces moments lĂ , nous aussi avons envie de profiter des chats sait, et surtout on sent qu’ils nous comprennent, on a besoin de se consoler mutuellement. Alors n’hĂ©sitez pas !Parlez au chat, dites-lui que vous ĂȘtes lĂ  que vous avez aussi de la peine, comme lui. Il comprend votre tristesse, il sera aussi plus demandeur de moments intimes avec s'entourerMais il n’y a pas que des chats autour de nous, hĂ©las !"Tu ne vas quand mĂȘme pas pleurer pour un chat ? C’est pas un gosse quand mĂȘme !" PrĂ©parez-vous Ă  entendre ce genre de rĂ©flexions, voire pire
Et pourtant si, c’est un membre de la famille Ă  part entiĂšre qui est parti, bien plus proche qu’un ami qui passe boire un verre de temps Ă  autre, qu’un collĂšgue qui ne comprend pas... Oui, notre chat Ă©tait et restera plus proche que beaucoup de nos prĂ©tendus amis et proches !Deux solutions s’offrent alors Ă  vous passer du temps avec un ami qui aime autant les animaux que vous et qui saura Ă©couter votre histoire d’amour avec Matou, mais qui pourra aussi regarder des photos, ce qui vous permettra d’évacuer sainement votre douleur, sans reproches, sans moqueries, sans si vous n’avez personne dans votre entourage qui puisse prendre le temps d’entendre l’anecdote du jour oĂč Matou Ă©tait restĂ© coincĂ© dans l’arbre du voisin, n'hĂ©sitez pas Ă  vous tourner vers un inconnu qui peut vous Ă©couter, soit un psy bien sĂ»r, mais ça peut aussi ĂȘtre un psy du chat, ou un demander de l'aideNous sommes aussi lĂ  pour Ă©couter, vous pousser Ă  parler de votre ami perdu, vous demander de nous envoyer des photos que vous pourrez commenter sans ĂȘtre jugĂ©. Nous sommes passionnĂ©s du chat au moins les vĂ©ritables thĂ©rapeutes c’est un point commun avec vous, et non des aide est indispensable dans cette phase douloureuse, et nous sommes lĂ  aussi pour ça, les bons comme les mauvais moments. Alors n’hĂ©sitez pas Ă  vous retourner vers nous !Personnellement, je peux aider la communautĂ© Ă  surmonter le dĂ©part du copain, mais aussi les maĂźtres Ă  faire leur deuil d’un "enfant’ non reconnu par l’entourage. Marie-HĂ©lĂšne Bonnet Comportementaliste du Nous avons beau lui en vouloir, la dĂ©tester parfois, jamais nous ne nous autorisons Ă  dire Je ne l’aime pas. » Notre mĂšre reste une icĂŽne intouchable, sacrĂ©e. DĂ©cryptage du plus ambivalent des sentiments. Une obligation sociale Je n’aime pas ma mĂšre. » TrĂšs peu d’entre nous peuvent le dire. Les mots sont trop violents, le tabou encore trop fort. Nous entretenons elle et moi un rapport de politesse, une apparence de relation normale, confie Virginie, 35 ans, rĂ©alisatrice de documentaires. Disons que je m’entends avec elle, sans qualificatif. » Tout aussi pudique, Ricardo, 37 ans, architecte, considĂšre qu’il entretient un rapport cordial » avec la sienne, mais sans complicitĂ© aucune ». Une mĂšre, ça reste socialement sacrĂ©, assure la sociologue Christine Castelain-Meunier. Entre l’éclatement des cellules familiales, les identitĂ©s sexuelles et parentales qui se brouillent, nous vivons une pĂ©riode charniĂšre. En pleine perte de repĂšres, on se crispe sur du connu, des choses solides qui ont fait leurs preuves l’image de la mĂšre traditionnelle est devenue plus intouchable que jamais. » L’idĂ©e mĂȘme est insoutenable Se dire que l’on a une mauvaise mĂšre, ça peut dĂ©truire, affirme le psychanalyste Alain Braconnier. Vous imaginez, elle vous a donnĂ© la vie, elle aurait donc le pouvoir de vous donner la mort
 C’est le mythe de MĂ©dĂ©e, l’infanticide. » Le thĂ©rapeute observe au passage que, dans la plupart des contes de fĂ©es, la mĂ©chante, c’est toujours la belle-mĂšre On a opĂ©rĂ© un dĂ©placement nĂ©cessaire Ă  l’expression du ressenti. Cela montre combien il est difficile de manifester des sentiments nĂ©gatifs Ă  l’encontre de sa mĂšre, mais Ă©galement Ă  quel point ils existent. On reste dans l’ambivalence permanente. » Une relation fusionnelle Quand l’enfant est tout petit, sa maman est un ĂȘtre idĂ©al, capable de subvenir Ă  tous ses besoins, rappelle la psychologue Danielle Rapoport, auteure de La Bien-Traitance envers l’enfant lire plus bas. Lorsqu’il se rend compte qu’elle est imparfaite, le choc est brutal. Plus la relation est mauvaise, plus l’impact est violent, et gĂ©nĂšre parfois un ressentiment profond qui confine Ă  la haine. » Nous avons tous connu ces moments de violente colĂšre contre elle, parce qu’elle n’a pas satisfait un dĂ©sir, parce qu’elle nous a déçus ou blessĂ©s. Nous nous sommes tous dit, en serrant les poings trĂšs fort Je la dĂ©teste. » C’est mĂȘme un passage obligĂ© Ces moments d’hostilitĂ© font partie du dĂ©veloppement de l’enfant, explique Alain Braconnier. Tout va bien s’ils sont ponctuels. En revanche, s’ils s’installent dans la durĂ©e, c’est plus problĂ©matique. C’est souvent le cas avec les enfants de mĂšres narcissiques, dĂ©pressives, trop exigeantes ou abandonniques. » Dans cette relation fusionnelle par nature, la violence des sentiments est Ă©galement proportionnelle Ă  l’intensitĂ© de la fusion. Les enfants uniques ou Ă©levĂ©s par une femme seule ont plus de difficultĂ©s que les autres Ă  admettre qu’ils n’aiment pas leur mĂšre. C’est le cas de Romain, 30 ans, journaliste, qui vivait seul avec sa mĂšre dans une interdĂ©pendance totale J’étais sa raison de vivre. C’était une place privilĂ©giĂ©e, certes, mais c’était trop lourd Ă  porter. J’ai eu un mal fou Ă  rencontrer quelqu’un. En l’occurrence, un garçon, c’était la seule solution. Avec une fille, la concurrence aurait Ă©tĂ© trop rude ! » Aujourd’hui, les liens sont encore trĂšs forts Je ne supporte pas d’ĂȘtre loin d’elle, j’habite juste Ă  cĂŽté  En mĂȘme temps, je sais trĂšs bien que cette relation me prive d’une vraie libertĂ©. » Ils sont trĂšs peu Ă  couper rĂ©ellement les ponts avec leur gĂ©nitrice. Ils refusent de lui en vouloir, tentent de la comprendre, lui trouvent des excuses une enfance difficile, un environnement pesant, un mari absent. Tous font comme si ». Comme si tout allait bien, surtout, ne pas en parler, pour Ă©viter le conflit qui me mĂšnerait Ă  un point de non-retour », remarque Romain. Ils maintiennent le lien, quoi qu’il en coĂ»te. Je la vois par devoir, regrette Anna, 26 ans, paysagiste. Je sais qu’elle m’aime, et je ne veux pas lui faire de mal. » La dette originelle » Les sociologues et les psychologues parlent d’une dette originelle », et de son corollaire, la culpabilitĂ©, qui dure toute la vie et nous enchaĂźne Ă  celle qui nous l’a donnĂ©e. Et puis l’espoir, enfoui, mais tenace, que les choses finiront par changer La part raisonnable de mon ĂȘtre sait qu’elle ne bougera jamais, avoue Virginie, et, en mĂȘme temps, il y a toujours cette envie au fond de moi que tout s’arrange un jour. » Marie, 60 ans, a perdu un enfant Ă  la naissance J’ai pensĂ© que cette fois, j’allais enfin avoir droit Ă  la parole. Mais non, pour ma mĂšre, la disparition de ce bĂ©bĂ© n’était pas si grave que ça, puisque je ne l’avais mĂȘme pas vu ! A partir de lĂ , j’ai fait des insomnies terribles. Pendant des annĂ©es. Jusqu’au jour oĂč mon psy m’a fait comprendre que je n’aimais pas ma mĂšre et que j’en avais le droit. Depuis, je dors. » Nous en avons le droit, mais nous n’osons pas en user
 On a tous en nous la nostalgie du bon parent, avance Alain Braconnier, on ne pense jamais avoir Ă©tĂ© aimĂ© exactement comme on le voulait. Quand l’histoire est douloureuse, c’est encore plus compliquĂ©. On ne parvient pas Ă  quitter sa mĂšre quand elle nous a trop aimĂ©, comme quand elle ne nous a pas assez aimĂ©. » Seule la mĂšre suffisamment bonne », selon l’expression du psychanalyste et pĂ©diatre anglais Donald Winnicott La MĂšre suffisamment bonne - Payot, “Petite BibliothĂšque”, nous permet d’acquĂ©rir sereinement l’autonomie de l’adulte celle qui, en satisfaisant nos dĂ©sirs, nous apprend que la vie vaut la peine d’ĂȘtre vĂ©cue ; la mĂȘme qui, en en frustrant certains, nous dit aussi qu’il faudra conquĂ©rir seul cette autonomie. Pour aller plus loin IdĂ©es clĂ©s - Un tabou. L’idĂ©e d’une mĂšre non aimable » et non aimĂ©e » est insoutenable en soi. - Un sentiment complexe. Et pourtant, certaines mĂšres sont mal-aimantes », voire malfaisantes ».- Un Ă©quilibre Ă  trouver. S’il est trop difficile de la rejeter, il faut tenter de s’en protĂ©ger par une prise de distance. La peur d’ĂȘtre comme elle Devenues mamans Ă  leur tour, Virginie et Marie ont gardĂ© le lien pour leurs enfants, avec l’espoir que leur mauvaise » mĂšre devienne au moins une bonne » grand-mĂšre. A la naissance de son premier enfant, Virginie a visionnĂ© des vidĂ©os tournĂ©es par son pĂšre quand elle Ă©tait petite. Elle y a vu une femme qui riait, et une petite fille choyĂ©e. Ça m’a fait du bien, se souvient-elle. En fait, elle a disjonctĂ© quand j’étais adolescente, mais avant, elle avait l’air heureuse de m’avoir. C’est sans doute grĂące Ă  ces premiĂšres annĂ©es que j’ai pu ĂȘtre une bonne mĂšre. Mais quand je la vois s’énerver contre mes enfants, je suis bouleversĂ©e, parce que je reprends conscience de ce qu’elle est devenue. » Comme Virginie, Marie a pris sa mĂšre comme antimodĂšle pour tisser le lien avec ses enfants. Et cela a fonctionnĂ© A la fin d’une longue conversation tĂ©lĂ©phonique, ma fille m’a dit “Ça fait du bien de parler avec toi.” J’ai raccrochĂ©, et j’ai Ă©clatĂ© en sanglots. J’étais fiĂšre d’avoir corrigĂ© le tir, d’avoir rĂ©ussi Ă  construire une belle relation avec mes enfants, et, en mĂȘme temps, je rĂ©alisais ce que je n’avais jamais eu. » L’échec originel de l’amour maternel a Ă©tĂ© en partie compensĂ© par quelqu’un qui a communiquĂ© Ă  ces femmes l’envie d’avoir un enfant, leur a livrĂ© les clĂ©s pour l’élever, l’aimer et en ĂȘtre aimĂ©es grĂące Ă  ces tuteurs de la rĂ©silience », selon l’expression du neuropsychiatre Boris Cyrulnik, ou ces artisans de la bien-traitance », pour Danielle Rapoport, ces enfances cabossĂ©es peuvent donner des mĂšres rĂ©parĂ©es. La quĂȘte de l’indiffĂ©rence Quand les relations sont trop douloureuses, la prise de distance devient cruciale. Et les enfants blessĂ©s se lancent alors dans la quĂȘte de l’indiffĂ©rence. Celle-ci protĂšge, explique Alain Braconnier, c’est une dĂ©fense contre l’affectif. Mais elle est fragile il suffit d’un geste de sa mĂšre pour ĂȘtre touchĂ©. » Tous disent en rĂȘver, mais avouent en ĂȘtre incapables. Je me protĂšge d’elle, je vis loin, je m’investis ailleurs, raconte Anna. Mais je vois bien, Ă  la façon dont je m’énerve quand je la vois, que je ne suis pas indiffĂ©rente. » Marie parle, elle, d’un modus vivendi qu’elle a instaurĂ©, plus facile Ă  supporter intĂ©rieurement qu’une rupture je la vois un minimum, par obligation, sans aucun plaisir ». S’autoriser Ă  ne pas aimer celle qui nous a Ă©levĂ© sans trop en souffrir, c’est trĂšs difficile, mais possible. L’indiffĂ©rence, c’est de la carence affective dĂ©passĂ©e, de la haine consolĂ©e, constate Danielle Rapoport. Quand on a fait le tri entre sentiments et culpabilitĂ©, on a dĂ©fait le nƓud de dĂ©part, on arrive Ă  prendre ses distances et Ă  faire sa route, voire Ă  dire “Je n’aime pas ma mĂšre.” Devenir adulte, c’est ça se dĂ©tacher de ce qui nous encombre. Mais c’est un long chemin Ă  parcourir
 » Pour aller plus loin Un sentiment trĂšs rĂ©cent Aimer sa mĂšre ? Avant le XXe siĂšcle, la question ne se posait mĂȘme pas. L’enfant Ă©tait Ă©levĂ© par la communautĂ©, les mĂšres laissaient faire les nourrices. Jusqu’au XIXe siĂšcle, la relation Ă  la mĂšre n’avait pas besoin d’ĂȘtre affective, rappelle Florence Weber, sociologue, professeure Ă  l’Ecole normale supĂ©rieure, Ă  Paris. Le romantisme a inventĂ© les sentiments dans la famille. Aujourd’hui, l’idĂ©e qu’une mĂšre abandonne son enfant ou s’en occupe mal est intolĂ©rable, parce que l’on considĂšre qu’elles ont le choix. Si elles ont fait un enfant, c’est qu’elles l’ont voulu les injonctions, les attentes qui portent sur elles sont Ă©normes. » Et sur les enfants aussi. Dans notre sociĂ©tĂ© de performance, l’éducation devient un vrai challenge, poursuit la sociologue Christine Castelain-Meunier. Par ailleurs, la psychanalyse est passĂ©e par lĂ . Les relations mĂšre-enfant sont constamment Ă©valuĂ©es, et particuliĂšrement par les principaux intĂ©ressĂ©s il y a un impĂ©ratif de bonne mĂšre, et un impĂ©ratif de bonne fille-bon fils. » Chez les espĂšces qui n’ont qu’un seul petit Ă  la fois, on peut parler d’amour » Pascal Picq, palĂ©oanthropologue et primatologue, maĂźtre de confĂ©rences au CollĂšge de France, Ă  Paris. Il revient sur le rapport mĂšre-petit chez les animaux. Psychologies Les notions d’attachement et de lien du sang existent-elles chez l’animal ?Pascal Picq Oui, trĂšs clairement. Mais leur qualitĂ© varie en fonction de l’espĂšce. Si les poissons ou les insectes pondent et s’en vont, les grands singes, au contraire, s’investissent trĂšs fortement dans l’éducation. Il en va de la survie du petit. En fait, tout dĂ©pend de la stratĂ©gie de reproduction qui est en jeu. Certains animaux, comme les rongeurs, ont des portĂ©es trĂšs nombreuses leur espĂšce n’est donc pas en danger. Par ailleurs, ceux-ci ont un dĂ©terminisme gĂ©nĂ©tique trĂšs marquĂ© – les jeux sont faits dĂšs la naissance. Les petits grandissent et apprennent trĂšs vite, l’apport de la mĂšre est essentiellement alimentaire. Le lien est rĂ©duit au minimum. C’est exactement l’inverse chez tous les mammifĂšres qui n’ont qu’un seul petit Ă  la fois. La mĂšre s’implique alors plus profondĂ©ment, Ă  des niveaux bien plus divers que la seule alimentation. Le contact physique, les caresses sont trĂšs importants. Le processus d’attachement s’inscrit aussi dans la durĂ©e la gestation est longue, le sevrage est tardif et la vie sera plus longue. Le cerveau a eu bien plus de temps pour se dĂ©velopper in utero, il en dĂ©coule une forme d’attachement beaucoup plus complexe. On peut mĂȘme parler d’amour si une femelle perd son petit, elle sera extrĂȘmement dĂ©primĂ©e. Elle adoptera un fonctionnement analogue Ă  celui de l’espĂšce humaine. Est-ce qu’une mĂšre animale peut ĂȘtre une mauvaise mĂšre » ? Pascal Picq A priori, toute femelle est faite pour la reproduction, et donc pour ĂȘtre mĂšre. Mais, pour des raisons organiques, gĂ©nĂ©tiques, elle peut ne pas avoir dĂ©veloppĂ© cette aptitude. L’environnement compte aussi beaucoup. Si une mĂšre est stressĂ©e, si le milieu dans lequel elle Ă©volue est dĂ©favorable, elle ne pourra pas remplir son rĂŽle. Elle pourra mĂȘme ĂȘtre maltraitante. C’est le cas par exemple d’une femelle orang-outan qui vient de mettre bas au Jardin des Plantes, Ă  Paris elle est trĂšs mal et refuse de s’occuper de son nouveau-nĂ©. Mais le dysfonctionnement peut aussi venir du petit. S’il a un comportement Ă©trange, s’il ne correspond pas aux schĂ©mas habituels, ça ne marche pas. Quand un chaton est anormal, il arrive que sa mĂšre le mange
 L’attachement, c’est toujours une rencontre entre deux individus elle peut ne pas avoir lieu. Boris Cyrulnik On construit ce lien toute sa vie » Comment se forme l’attachement mĂšre-enfant ? Et pourquoi ce lien si puissant peut-il ĂȘtre altĂ©rĂ© ou de mauvaise qualitĂ© ? L'avis de Boris Cyrulnik, neuropsychiatre Puisque nous sommes aussi des animaux, nous sommes programmĂ©s pour la survie de l’espĂšce, et le lien mĂšre-enfant en est la condition sine qua non. DĂšs sa naissance, l’enfant “imprime” sa figure d’attachement, que ce soit sa mĂšre, son pĂšre, ou un autre », rappelle Boris Cyrulnik. Autrement dit, il apprend Ă  reconnaĂźtre son odeur, son goĂ»t, sa voix. Et plus tard, son visage. C’est Ă  partir de cette empreinte » que le lien va se faire. Or, pour des raisons gĂ©nĂ©tiques, des dysfonctionnements organiques de la mĂšre ou de l’enfant, cette empreinte peut ne pas se former. L’attachement est un tissu qu’un enfant et sa mĂšre tricotent toute leur vie, souligne Boris Cyrulnik. S’ils sont sĂ©parĂ©s Ă  la naissance, ou si les dĂ©buts se passent mal, le tricot se fait avec un trou, que la suite des Ă©vĂ©nements va plus ou moins pouvoir rĂ©parer. » Car parallĂšlement se tisse l’attachement affectif, puis culturel. L’humain n’évolue pas dans un univers exclusivement biologique l’environnement sensoriel et familial affecte directement son cerveau. Des dĂ©couvertes rĂ©centes l’ont prouvĂ©. Dans son dernier ouvrage De chair et d’ñme, Odile Jacob, 2006, Boris Cyrulnik rapporte des Ă©tudes menĂ©es dans des orphelinats roumains, oĂč les enfants sont Ă©levĂ©s dans un isolement quasi total, et un examen au scanner montre une atrophie du lobe prĂ©frontal et du cerveau limbique, responsable des Ă©motions. Quand certains de ces enfants sont placĂ©s en famille d’accueil, leurs zones reprennent une taille normale dans l’annĂ©e qui suit. On construit ce lien, mĂȘme biologique, toute sa vie, poursuit le neuropsychiatre, il peut donc se rompre. L’amour, mĂȘme pour sa mĂšre, n’est pas inaltĂ©rable. » Ce lien si fort est donc fragile, mouvant, et la querelle entre les tenants du tout-biologique » l’attachement mĂšre-enfant est programmĂ© biologiquement et ceux du tout-culturel » l’amour pour sa mĂšre relĂšve de la norme sociale n’a plus lieu d’ĂȘtre. Il faut dĂ©passer ces clivages obsolĂštes, assure Boris Cyrulnik. L’innĂ©, l’acquis, c’est un vocabulaire idĂ©ologique. La biologie n’est rien sans la culture, et vice versa. C’est comme se demander si, pour respirer, qui des poumons ou de l’oxygĂšne est le plus important. Un cerveau sain sans Ă©motions ne donnera rien de bon, des Ă©motions sans cerveau non plus. L’ĂȘtre humain est un systĂšme complexe avec une convergence de causes et une Ă©mergence de consĂ©quences multiples biologiques, psychologiques et sociales. » Tout comme la qualitĂ© de ses relations... Pour aller plus loin A lire La Bien-Traitance envers l’enfant, de Danielle Rapoport. La psychologue explore une sĂ©rie de pratiques et de conduites pour permettre Ă  nos enfants de grandir en toute sĂ©rĂ©nitĂ© Belin. MĂšres au bord de la crise de nerfs, de Judith Warner. Les mĂšres d’aujourd’hui font face Ă  des injonctions multiples et contradictoires. L’auteure les incite Ă  revendiquer le droit de vivre aussi pour elles-mĂȘmes Albin Michel. Le Sang, le Nom, le Quotidien, de Florence Weber. Qui sont nos parents ? Ceux qui nous ont mis au monde, ceux qui nous ont transmis leur nom ou ceux qui nous ont Ă©levĂ©s ? Partant d’un cas particulier, la sociologue dĂ©crypte la complexitĂ© de la parentalitĂ© Aux lieux d’ĂȘtre.

ma mĂšre est morte et je ne pleure pas